Cinéma Interview 

Man’s, L’interview

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[REPOST – Septembre 2017]

Sir Mategus 1er : Merci Man’s d’accepter cette invitation du Mwinda Project ! Vous êtes jeune, congolaise et talentueuse artiste… C’est le moins qu’on puisse dire. Mais dans le fond, qui est Man’s ?

Man’s : Je m’appelle Pierre-Manau NGOULA (24 ans) mais mon nom d’artiste est Man’s qui n’est autre que le diminutif de Manau. Après l’obtention de mon bac littéraire, je suis allée continuer mes études universitaires au Sénégal.

J’ai donc suivi durant un an une formation en audiovisuel à TAGGAT une école d’arts visuels du célèbre peintre sénégalais Kalidou Kassé. Mais je voulais faire du cinéma. C’est donc après cette formation que je vais rentrer au Congo et m’inscrire à l’académie des beaux-arts de Brazzaville et en même temps suivre le programme Campus France afin de faire véritablement du cinéma comme je le désirais. Chose faite, la Sorbonne va accepter mon dossier de candidature pour une licence cinéma.

J’ai aujourd’hui une licence en « cinéma et audiovisuel » et j’entreprends mon master recherché sur le cinéma congolais. Je vis donc en France depuis 2013. En ce qui concerne mon environnement artistique, il s’est forgé depuis mon plus jeune âge car je suis née dans une famille d’artistes avec une mère plasticienne et un père comédien. Mais c’est en 2012 que ma vision artistique va prendre un essor considérable avec la découverte de l’art vidéo aux ATELIERS SAHM qui sont un centre d’art contemporain congolais sous la direction de la peintre Bill Kouélany. C’est aussi dans ce même centre que je vais forger mon amour pour la rédaction et particulièrement pour la critique d’art.

On passerait tous une journée autour de mes parcours et formations car j’ai beaucoup appris mais il est bon de retenir que je suis une artiste à plusieurs casquettes. Je touche à tout. Le cinéma, la critique, la peinture, la vidéo et la photo font partie de mon univers et de mon identité. Je ne considère pas un art plus qu’un autre. Je suis une artiste ouverte.

Sir Mategus 1er : Man’s, vous offrez à la 6e Rencontre Internationale de l’art contemporain de Brazzaville une œuvre intitulée « Je ne vis pas ». Parlez-nous des divers aspects qui la constituent et de ce qu’elle exprime.

Man’s : J’ai réalisé l’œuvre « Je ne vis pas » lors de la 6e Rencontre Internationale de l’art contemporain qui a eu lieu du 5 au 23 septembre à Brazzaville dans le quartier la Glacière. C’est une rencontre qui réunit plusieurs artistes et encadreurs venant de partout tous les mois de septembre. Le thème de cette édition était « Je te présente ma ville ».

Tous les artistes invités devaient réaliser une œuvre en fonction de ce thème. En ce qui me concerne, je voulais représenter la ville de Brazzaville de manière abstraite. C’est-à-dire que je ne voulais pas présenter une ville toute faite. Je suis donc partie d’une brisure identitaire : une brisure entre Moi et ma terre natale.

Une brisure entre moi et mes origines et principalement ma langue maternelle qui est le Lari. C’est donc pour cela que j’ai réalisé un mur à base de photographies de maisons cassées des différents quartiers où j’ai vécu. On retrouvera notamment dans ces photos la maison de ma grand-mère où j’ai passé une grande partie de mon enfance. Les maisons cassées symbolisent cette brisure identitaire dans lesquelles je pose quelques fois. Mais tout ceci n’est que figuratif car mon acte de création intervient au niveau de la lame qui vient justifier encore plus cette méconnaissance, cet effacement de mon corps dans la ville de Brazzaville.

La lame me permet de travailler mes photos : les fissurer, effacer mon corps ou encore déchirer la photo comme pour travailler la mémoire mais cette même lame met en exergue mes blessures intérieures que j’ai extériorisées par une performance sur le sujet. Je pense être congolaise mais je ne le suis pas vraiment car je ne parle pas ma langue. Mon œuvre autobiographique est un mea culpa mais aussi un retour aux sources. C’est notamment grâce à cette œuvre qu’une bourse m’a été attribuée par Gaste ateliers Krone Aarau qui est une maison d’art Suisse. Cette bourse me permettra de m’acheter du matériel et aussi de promouvoir ma recherche artistique.

Sir Mategus 1er : Votre combat d’artistes en trois mots.

Man’s : Je ne pense pas être dans un combat d’artiste quelconque. Je ne suis pas une artiste engagée. Enfin je ne suis pas encore dans cette optique. Je suis plutôt dans la représentation de sujets qui me parlent et qui me frappent.

– Le CORPS comme vecteur et support de mon art parce qu’il exprime mieux ce que je pense.

– La MEMOIRE comme point d’ancrage ou origine de mes différents sujets traités.

Tout mon travail artistique tourne autour du corps et de la mémoire. Ma première exposition collective de photos qui a eue lieu le 3 septembre 2017 à L’Institut Français de Brazzaville portait aussi sur la mémoire et le corps. Je travaille beaucoup sur des sujets, des douleurs qui sont d’ordres internes que j’extériorise en ayant recours au corps car je pense que la pensée est indissociable du corps. Le corps peut parfois mieux exprimer des sujets dont on n’ose pas parler.

– CINEMA CONGOLAIS : on pourrait parler ici de combat parce que ça fait un an que je travaille sur ce cinéma. A travers mon travail, je me bats à véhiculer une image bonne et moins péjorative de ce cinéma qui balbutie encore. Après trois ans de formation au cinéma italien, français, espagnol et américain à la Sorbonne, j’ai ressenti un manque de connaissances en ce qui concerne les cinémas d’Afrique. Donc j’ai commencé à adopter une autre attitude. Je me sentais de moins en moins attirée par ces cinémas d’ailleurs. J’ai commencé à faire mes proches recherches sur les cinémas d’Afrique et décider de faire mon mémoire recherche sur le cinéma congolais. L’année dernière, j’ai eu à animer le ciné-club des ATELIERS SAHM avec la projection de trois films congolais suivis de débats en présence de Sébastien KAMBA (doyen du cinéma congolais), Fifi Tamsir NIANE (Artiste guinéenne) et Steve KOUMA (réalisateur congolais). L’idée de ce ciné-club était de familiariser les Congolais avec leur cinéma.

Sir Mategus 1er : Déjà des rendez-vous artistiques à venir dans votre agenda ?

Man’s : Oui l’année prochaine, je suis appelée à réaliser un documentaire de création sur Le Petit Musée en Guinée, dirigé par Fifi Tamsir Niane artiste et épouse de l’ambassadeur français au Congo. Le Petit Musée fêtera ses 20 ans l’année prochaine en Guinée et sa directrice m’a fait une demande du film pour immortaliser ce moment. D’ailleurs, le mois prochain, je dois aller sur le terrain afin de discuter avec elle des modalités du tournage, faire un repérage et rencontrer les personnes qui feront partie de ce film.

L’année prochaine aura aussi lieu la Biennale de l’art contemporain DAKAR’T au Sénégal. Je fais partie des artistes sélectionnés des ATELIERS SAHM pour une exposition OFF avec des collègues maliens sous le titre : Congo’s –Mali : Esthétiques en partage. Je présenterai surement un nouveau travail de photos et de la vidéo d’art.

Sir Mategus 1er : Merci Man’s … quel est votre message pour clore cette échange ?

Man’s : Il est temps que nous appliquons ce que nous sommes entrain d’apprendre et de ne pas trop attendre du gouvernement. C’est ce que j’ai commencé à faire l’année dernière. Je partage ma connaissance cinématographique avec les artistes congolais de mon entourage qui n’ont pas eu la possibilité de faire des écoles de cinéma d’où l’ouverture de ce ciné-club. Il y a une citation en lari qui dit « SAMU NGA WA NZAMBI (que Dieu fasse) ». Beaucoup se réfèrent à cette citation et croisent les bras. N’attendons pas que Dieu et les instances politiques pour aller de l’avant. Il est temps de se prendre en charge soi-même.

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