Auteur Interview 

Liss KIHINDOU, << Des Migrations au métissage suivi de L'image de la femme à travers 25 auteurs d'Afrique >>

Partager c'est aimer!

[ REPOST Novembre 2018 ]

<< Des migrations au métissage suivi de L’image de la femme à travers 25 auteurs d’Afrique >>

Pour la rentrée, Liss Kihindou, vous dévoilez chez L’harmattan ce livre dont vous avez, sur les réseaux, divulgué quelques extraits :

« Le bien-être d’une société ne dépend parfois que du regard que les membres de cette société se portent mutuellement » ; « une femme intelligente ou qui a fait de longues études, fait apparemment fuir les hommes. Elle n’inspire pas confiance »…

Sir Mategus 1er : Qui est Liss KiHINDOU ?

Liss KIHINDOU : Je suis née à Brazzaville, au Congo, en 1976, de deux parents enseignants qui m’ont transmis très tôt le goût de l’effort et la volonté de réussir ce que l’on a entrepris. C’est une chose de commencer, c’en est une autre de finir, et mes deux parents sont pour moi l’exemple que les choses ne sont pas arrêtées, qu’une évolution professionnelle est toujours possible.
Mon père a commencé instituteur, fonction qu’il a cumulée avec celle de directeur d’école. Puis il est devenu professeur d’Anglais et a fini sa carrière comme inspecteur. Ma mère, après avoir commencé comme professeur d’Anglais, est allée faire des études en Bulgarie, ce qui lui a permis d’embrasser une carrière politique par la suite. Elle a été entre autres députée et a participé à la Conférence nationale souveraine. Puis elle est retournée à son métier de cœur : l’éducation. Outre l’enseignement de l’anglais, elle a été directrice des études au lycée Chaminade, puis a de nouveau été sollicitée du point de vue politique. Elle a été la première femme à avoir été nommée Sous-Préfet à Mayeye, dans le département de la Lékoumou.

Je parle beaucoup de mes parents, me direz-vous, mais leur parcours éclaire bien le mien. On peut développer plusieurs compétences et se former tout au long de la vie. Ainsi, moi également, après ma licence obtenue à la Faculté de Lettres de l’Université Marien Ngouabi, département LLF (Langue et littérature Françaises), j’ai poursuivi mes études en France, à l’université de Nanterre, où j’ai obtenu une maîtrise, puis un DEA de Lettres Modernes. Aussitôt après, j’ai commencé à travailler comme enseignante en région parisienne, mais je n’étais pas titulaire de mon poste. Il a fallu passer plusieurs fois le CAPES, le concours qui permet d’être titulaire dans l’éducation nationale en France. Une fois le CAPES en poche, j’ai pensé que je pouvais me réinscrire à la Fac pour commencer une thèse, obtenir le doctorat, afin de pouvoir me donner une porte d’accès à l’enseignement à l’université.
Parallèlement à cette carrière d’enseignante, je me suis jetée dans le fleuve de l’écriture et j’essaie de voir si mes forces me permettront de rester à la surface, si je pourrais faire un bout de chemin, ou si je vais au contraire être noyée sous les flots.
En ce qui concerne la nationalité, cela n’est pas tant pour moi une affaire de papiers, cela a au contraire avoir avec les liens tissés avec les pays où j’ai vécu. J’ai connu trois pays en particulier, et c’est pourquoi je peux dire que je me sens congolaise, française et bulgare.

Sir Mategus 1er : A votre actif, l’on peut compter une dizaine d’ouvrages…vous écrivez depuis toujours ?

Liss KIHINDOU : J’étais en 5e quand j’ai commencé à écrire des histoires dans des cahiers d’écolier, j’avais 12-13 ans. Imaginer des intrigues, inventer des mondes, donner vie à des personnages, j’ai toujours voulus expérimenter cela. Mais il m’a fallu du temps avant d’oser rendre publics mes écrits. Je suis officiellement née, en tant qu’auteure, en 2005, avec le recueil de nouvelles J’Espère, publié aux Editions Amalthée, mais j’ai en même temps éprouvé les difficultés à se faire éditer : un vrai parcours du combattant. Ce premier recueil a été suivi d’un second : Détonations et Folie, paru chez L’harmattan, en 2007, et qui a toujours recueilli les suffrages des lecteurs. Mes ouvrages critiques sont également appréciés, notamment l’essai L’Expression du métissage dans la littérature africaine, paru en 2012, toujours chez L’harmattan. Je vous disais tout à l’heure que j’aime les nouvelles expériences, me confronter à de nouveaux défis. Je me suis lancée dans l’aventure romanesque et cela a donné le roman Chêne de Bambou, publié en 2013 aux Editions Anibwe. Parfois je suis agréablement surprise de voir que des lecteurs remettent ce roman au goût du jour. C’est la plus grande satisfaction que puisse avoir un auteur : s’apercevoir que ses œuvres vivent grâce aux lecteurs. Mon roman jeunesse, car j’ai aussi expérimenté l’écriture pour la jeunesse, séduit aussi. Mwanana, la petite fille qui parlait aux animaux retient toujours l’intérêt quand je participe à des salons du livre. Bref j’ai à ce jour huit publications personnelles, dont deux recueils de nouvelle, deux romans, trois essais et un recueil de poésie ; et j’ai aussi participé à des ouvrages collectifs, comme l’anthologie des soixante ans de la littérature congolaise, qui réunit plus de 25 auteurs du Congo, ou ce livre à travers lequel on peut voir que les femmes du Congo marquent leur présence en littérature : Sirène des sables. J’ai par ailleurs beaucoup aimé participer à l’hommage que des poètes d’Afrique, disséminés dans le monde, ont rendu au Panafricain Patrice Lumumba. Le recueil ce soir quand tu verras Patrice, mérite de connaître une large diffusion car il est en quelque sorte le symbole de la prise de conscience, de la lucidité des Africains sur le devenir du continent.

Sir Mategus 1er : Pour cette rentrée donc, Des migrations au métissage. Suivi de L’image de la femme à travers 25 auteurs d’Afrique. Tant pour l’un que pour l’autre : Pourquoi avoir choisi ces thèmes-là ? quel message souhaitez-vous porter ?

Liss KIHINDOU : Ces deux textes résultent de mon observation du monde. Pourquoi le monde va si mal ? C’est parce que les hommes ont du mal à se considérer avec un œil fraternel. Les uns ont tendance à avoir sur les autres un regard supérieur, un regard qui les infériorise ; et ses autres vont développer des complexes d’infériorité d’autant plus que toutes leurs réalisations antérieures auront été savamment occultées. Il faut cesser de se voir comme supérieurs ou inférieurs, qu’il s’agisse des peuples, des nations ou de la problématique homme-femme. Nous devons tous nous préoccuper, non du profit que l’on peut tirer de l’autre, mais de ce que nous pouvons faire pour son bien-être. Et nous verrons que l’autre, par ricochet, travaillera aussi à notre propre bien-être. Mais ce n’est pas ce que l’on constate : chacun se préoccupe de lui-même au détriment des aspirations ou du bien-être de l’autre.

Sir Mategus 1er : Merci Liss KIHINDOU

Liss KIHINDOU : Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer ici. J’espère que mon dernier livre donnera envie de lire aussi bien mes précédents ouvrages que tous ces auteurs qui m’ont inspiré les réflexions que je partage. J’invite les lecteurs à la table des échanges : qu’ils poursuivent le tête à tête avec chacun de ces auteurs en lisant leurs œuvres.

Partager c'est aimer!

Related posts

Laissez un commentaire